L’Inde en pleine incertitude crypto

Depuis que la réglementation s’est assouplie, le pays a connu un regain de fièvre crypto mais l’incertitude est de retour ébranlant une industrie renaissante.

Un emballement prématuré

Quand, en mars, la Cour suprême du pays a annulé l’interdiction faite aux banques d’opérer des transactions avec les exchanges de cryptoactifs, l’optimisme a gagné tous les acteurs du secteur. Les entreprises locales ont relancé leurs activités, les grandes bourses mondiales comme Binance, OKEx ou Kraken ont repointé le bout de leurs plateformes. Pour tout dire, on a assisté à un emballement phénoménal, que nous avions jugé quelque peu prématuré à l’époque. Il faut dire qu’un marché potentiel de plus d’1,3 milliard d’habitants dont la moitié effleure à peine les 25 ans a de quoi stimuler les appétits.

Las, l’eldorado espéré se fait encore désirer. Les banques commerciales rechignent toujours à négocier avec les sociétés crypto, bien aidées par une banque centrale (RBI) qui entretient savamment un flou artistique autour de ses directives. Les clarifications fiscales tant attendues sont remises aux calendes grecques. Et, cerise sur le gâteau, des rumeurs viendraient accréditer le fait que le gouvernement s’apprêterait à remettre sur le tapis sa loi « cryptocide ». Lourdes peines d’emprisonnement, amendes salées et autres joyeusetés sont au menu.

Un printemps prometteur

Dans un tel contexte, les professionnels pourraient voir tous leurs efforts anéantis alors que l’énergie déployée depuis mars avait déjà porté ses fruits. Selon les données de Coindesk, WazirX, un échange local racheté par Binance, a connu, depuis la décision de la Cour suprême, une augmentation de son volume de transactions de 400% aux dires de son PDG Nischal Shetty. CoinDCX, une autre plateforme de premier plan, a vu son nombre d’utilisateurs multiplié par dix.

Autre constat intéressant, des campagnes de sensibilisation et d’apprentissage de la blockchain et des cryptomonnaies auraient poussé un certain nombre de femmes, composante majoritaire des 190 millions d’Indiens non bancarisés, à désormais s’y intéresser et à envisager les actifs numérique comme une voie possible vers l’autonomie financière. 52% des opérations sur CoinSwitch seraient de leur fait. Shetty qui a lancé une campagne twitter #IndiaWantsCrypto affirme que ce sont elles qui soutiennent le plus sa démarche.

Autre phénomène plus attendu, attesté par l’enquête menée par l’agence de presse Bit2buzz, toutes les plateformes ont connu un afflux de visiteurs appartenant à la tranche d’âge 30-35 ans, ceux-là même qui forment le gros des troupes des banques numériques Cashaa et Oropocket qui déclarent que 75% de leurs utilisateurs ont moins de 40 ans.

Un climat d’insécurité permanent

Des signes encourageants qui pourraient être sans lendemain si la confusion continue de régner en matière de réglementation. De fait, l’Internet and Mobile Association of India (IMAI), qui a représenté l’industrie crypto devant la Cour suprême, veut être officiellement entendue par la RBI et le gouvernement pour élaborer en concertation un cadre législatif adapté. Le modèle à suivre par le gouvernement central serait, pour l’association et les défenseurs de l’écosystème, celui de l’Etat de Telangana qui a créé le premier « Blockchain District » du pays. En attendant, l’organisation travaille à un « code de conduite » avec une orientation KYC/AML pour favoriser l’innovation tout en luttant contre la fraude et les escroqueries en tout genre.

Mais le pari est loin d’être gagné. Les responsables indiens sont globalement peu sensibilisés aux technologies blockchain et au potentiel des actifs numériques et l’interdiction pure et simple est souvent leur réponse à des choses qu’ils ne comprennent pas. Sauf qu’aujourd’hui l’industrie crypto mobilisée comme jamais, lutte pied à pied pour obtenir gain de cause. L’activisme a remplacé l’attentisme pour faire pencher les choses du bon côté.

Un drame sanitaire et humain

L’impact du Covid-19 aura t-il un effet sur les décisions gouvernementales en matière de crypto? Rien ne l’indique ni dans un sens ni dans l’autre. Si le gouvernement du premier ministre Narendra Modi veut relancer à marche forcée la machine économique, l’industrie crypto ne fait bien sûr pas partie de son plan de relance. Mais de fait, peut-être échappera t-elle aux fourches caudines de l’autorité, ne figurant pas au rang des priorités. Pas plus que la protection des plus vulnérables qui est bien le cadet de ses soucis.

En effet, le contexte actuel n’a fait qu’aggraver une situation sociale déjà dramatique. L’Inde compte 400 millions de travailleurs pauvres qui, dès l’annonce du confinement, ont dû quitter les grandes villes pour regagner leurs villages. Sans revenu, abandonnés par l’Etat, ces oubliés revivent en quelque sorte le même épisode qu’en 2016, quand le gouvernement avait annoncé sans sommation le retrait immédiat des billets de 500 et 1000 roupies, soit 86% de la masse monétaire en circulation. Les plus précaires, sans compte bancaire, avaient été précipités dans la misère la plus noire sans émouvoir le brutal chef du gouvernement. Déjà à l’époque, des analystes patentés envisageaient très sérieusement l’hypothèse Bitcoin pour favoriser l’inclusion financière de tout ces laissés pour compte. Aujourd’hui plus encore, la nécessité d’un outil souple et sécurisé, existant en dehors de toute ingérence étatique s’impose comme la solution.


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